Spé HGGSP Terminale
L’environnement, entre exploitation et protection
L’étude du thème 5 a un double objectif : analyser l’évolution des rapports entre les sociétés et leurs milieux, et notamment les changements environnementaux non désirés qu’ils induisent et en comprendre les enjeux géopolitiques. Le premier axe étudie la complexité des interactions entre les sociétés et leurs milieux, entre exploitation et protection, à travers l’étude de la forêt française depuis Colbert.
Introduction
À partir du XVIIe siècle, la forêt française devient un objet de politique d'État. En 1669, Colbert, ministre de Louis XIV, fait promulguer l'Ordonnance sur le fait des Eaux et Forêts. Cette réforme répond à un besoin stratégique précis : fournir à la Marine royale le bois d'œuvre (chênes de haute futaie) indispensable à la construction des navires de guerre, dans un contexte de rivalité navale avec l'Angleterre et les Provinces-Unies.
L'ordonnance instaure une gestion centralisée et administrée de la forêt : création d'un corps d'agents forestiers chargés de contrôler les coupes, obligation de réserver des « futaies » destinées à devenir de grands arbres pour la marine, réglementation du pâturage et du défrichement. La forêt cesse d'être un simple espace de prélèvement libre pour devenir une ressource administrée par l'État, gérée sur le temps long (un chêne met plus d'un siècle à atteindre la taille requise pour la construction navale).
Une « ressource naturelle » n'existe pas en soi : elle résulte d'une construction sociale et politique, qui attribue une valeur (ici stratégique et économique) à un élément du milieu naturel à un moment donné.
Ce modèle d'administration se prolonge et se renforce au XIXe siècle avec le Code forestier de 1827, qui organise l'Administration des Eaux et Forêts, puis avec la création de l'Office National des Forêts (ONF) en 1966, établissement public chargé de la gestion des forêts publiques (domaniales et communales).